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14-18. DES HOMMES DANS LA TOURMENTE

14-18. DES HOMMES DANS LA TOURMENTE

Réalisateur : Laurent Albaret

Année : 2007

DVD édité par les éditions Montparnasse. Format 4/3, couleur et noir & blanc. Durée 2h36 - 20 euros.
Ce DVD sur est essentiellement composé de deux films-documentaires, « Le sang des autres » (104 minutes – 1998) et « Combattants de la paix » (54 minutes – 2004), tous deux écrits et réalisés par Bruno Vouters et Pascal Goethals, déjà réalisateurs de plusieurs documentaires historiques de qualité. L’ensemble est le résultat d’une co-production entre France 3 Nord – Pas-de-Calais – Picardie, le Cercle Bleu et le Centre Régional de Ressources Audiovisuelles du Nord - Pas-de-Calais.(CRRAV).
Le premier film-documentaire, « Le sang des autres », se compose de quatre épisodes de 26 minutes chacun, – épisodes qui peuvent être visionnés séparément – le fil directeur étant la réalité d’une guerre qui ne fut pas seulement française mais un conflit entraînant dans le combat et la mort un nombre important de nations et de jeunes générations sacrifiées. Durant les quatre épisodes, les réalisateurs – en abordant des thèmes initialement définis – reviennent sur le contexte du conflit, les grandes batailles et leurs conséquences. « Les Jardins de pierre » (premier épisode) est une évocation émouvante des cimetières et des monuments aux morts du Nord, au travers de la commune de Fricourt (472 habitants) et de ses commémorations du 11 novembre « date souvenir des morts ». Les cimetières militaires français ou du Commonwealth avec leur « croix du sacrifice » et leur « pierre du souvenir » sont sobrement présentés, au travers des cimetières de Doullens et d’Ayette – cimetière indien et chinois – représentatifs des 500 000 stèles des armées britanniques engagées dans le premier conflit mondial. Le documentaire s’achève sur une explication du mémorial anglais de Thiepval (73 000 noms gravés), – le plus important de la Première Guerre mondiale –, et du mémorial australien de Fromelles. « Le sens du sacrifice » (deuxième épisode) s’intéresse plus particulièrement aux lieux du souvenir, les réalisateurs ayant choisi la bataille du chemin des Dames et l’histoire de Craonne, village détruit et reconstruit après la guerre par la volonté de quelques familles. L’histoire est racontée par son maire et éleveur, Noël Genteur. La notion de sacrifice pour la patrie – fil rouge de l’épisode –est présentée au travers des monuments aux morts, de leur réalisation et de leur présence dans le paysage français. Le mémorial canadien de Vimy est ainsi longuement présenté dans cet épisode (11 000 tombes), tout comme le cimetière militaire britannique et allemand très confidentiel de Saint-Symphorien, près de Mons (Belgique). Le documentaire s’intéresse aussi aux témoignages, des dessins faits par un poilu et conservés par un collectionneur, mais aussi des textes, comme celui de « la chanson de Craonne ». « Les corps brisés » (troisième épisode) aborde les souffrances physiques et morales des soldats de la Grande Guerre. Comme les précédents épisodes, le propos s’ouvre sur l’engagement d’une nation dans la guerre, en l’occurrence les combats du bois Delville où furent engagées des divisions sud-africaines, « bois-cimetière » où sont morts 4 000 de ses soldats. Le sujet de l’épisode revient avec l’évocation du rôle et de l’évolution des services de santé sur le front, de la médicalisation de la guerre et le problème des blessures et des blessés, plus particulièrement des « gueules cassés » (500 000 sur le conflit côté français). À partir de témoignages médicaux et d’images d’archives connues et confidentielles – certaines sont difficiles à voir pour des collégiens –, l’histoire du Val de Grâce dans la guerre est présentée, tout comme celle des malades mentaux et des séquelles psychologiques. L’image du traumatisme est ensuite évoquée par les dessins d’Otto Dix, qui a vécu la guerre, et par Thomas, artiste contemporain qui travaille sur la guerre. L’épisode s’achève sur la nécropole du Chemin des Dames et des récits sur les horreurs des offensives françaises. « Les collectionneurs de mémoire » (quatrième et dernier épisode) s’intéresse à ceux qui ont ramassé sur les anciens champs de bataille tout ce qui a concerné la guerre. Le personnage de Louis est évoqué par ses trois frères. Dès l’âge de 9 ans, Louis a récupéré les restes de la guerre dans les environs d’Ypres, constituant chez lui un musée et amassant plusieurs tonnes de ferrailles, d’obus ou de mines. Mort à l’âge de 71 ans, ce sont plus de 40 000 objets de la guerre, rassemblés dans un grenier, qu’il laisse en héritage. Dans la suite de l’épisode, d’autres collectionneurs, agriculteurs ou archéologues amateurs, racontent leur passion pour la guerre, leur découverte et les histoires de ces restes de la guerre « qui donnent de la réalité ». Des tenues et des objets particuliers – du quotidien du soldat ou de la guerre en général – sont brièvement présentés au travers des collections de l’historial de Péronne, qui comptent aujourd’hui quelque 350 000 pièces, et par un aperçu du musée des Abris d’Albert. Tous les épisodes sont ponctués de témoignages très simples d’habitants, d’officiels (gardiens de cimetières et de musée, maires, représentants britanniques de la Commonwealth War Graves Commission, guides canadiens), d’historiens (Jean-Jacques Becker, Annette Becker et Jean-Pierre Thierry) sur l’histoire de ce conflit et ses suites. Des longues séquences sur ces lieux aujourd’hui, dits « de mémoire », agrémentent le documentaire. Plusieurs films d’archives sur les combats appuient les discours des épisodes. Si le propos est parfois décousu quant au sujet initial de chaque épisode, l’ensemble est d’une grande densité documentaire et d’une forte émotion.
Le second film-documentaire, « Les combattants de la paix » est d’un seul tenant (54 minutes). Il s’inscrit dans la continuité du précédent film – voire propose des résumés inédits du premier, réalisé six ans auparavant. Le sujet central reste résolument Craonne et les « creutes » (cavernes) du plateau – vestiges de la guerre –, avec la journée d’une classe d’école primaire qui visite le musée et le lieu, accompagné par un protagoniste du premier film, le maire de Craonne. En parallèle, par de courtes interventions de spécialistes, la guerre, la vie des jeunes soldats et des régiments au quotidien est racontée, de la mobilisation aux premiers combats, des trêves de Noël aux mutineries et aux exécutions – avec un retour assez long de la « chanson de Craonne » et sur les soldats fusillés après l’offensive en question. À cette occasion, l’accent est mis sur les mouvements pacifistes, notamment en Suisse, ouvrant la discussion sur les raisons des mutineries – mouvements de révolte selon les uns, politiques selon les autres. Un arrêt est longuement marqué autour d’exemples de mutins devenus des oubliés de l’histoire. Le problème des grèves à l’arrière est parallèlement développé à ces mutineries, avec l’exemple des usines d’armement. Le film se termine sur l’épisode peu connu de réconciliation et de souvenir avec De Gaulle et Adenauer au cimetière de Cerny-en-Laonnois (1962) mais aussi sur des paroles des principaux protagonistes du film autour de la notion de paix après cette guerre. L’ensemble du documentaire est ponctué par les éclairages d’historiens (Jean-Pierre Verney, Rémy Cazals, Jean-Louis Robert, Nicolas Offenstadt, Denis Roland, Guy Marival, Olaf Muller ou encore François Robichon), les entretiens avec le dessinateur Jacques Tardi – auteur de la bande dessinée « La guerre des tranchées », l’écrivain Dominique Sampierro, l’éditrice Christine Brisset (les éditions de l’Arbre) et la photographe Michèle Pelletier. Des témoignages de conservateurs de musée (Vincennes et Ypres) renforcent les propos. Des extraits de films d’archives de l’époque sont présentés, mais sont les mêmes que ceux du premier film. Dans la même volonté des premiers documentaires de 1998, l’émotion est fortement présente dans les images et par les commentaires.
Les compléments à ce DVD très riche sont un petit film-documentaire sur l’histoire de Louise de Bettignies surnommée « la fiancée des tranchées » (27 minutes) et un mini-reportage sur un soldat sans sépulture (« Mon grand-père, ce soldat inconnu », 1 minute 40), complétés par un teaser un peu court sur mémorial de Péronne (1 minute).
In fine, ce DVD est d’une grande qualité, dans la prise d’images, la reconstitution historique et l’intérêt des témoignages et des entretiens, même si l’événementiel passe au second plan. Utile pour le niveau 3e et pouvant être projeté par séquences, il propose des éclairages thématiques d’un grand sérieux, permettant d’engager avec des élèves des discussions sur le quotidien des soldats, la réalité de la guerre, sa nécessité politique dans le contexte de l’époque et sur les leçons que l’homme aurait dû en tirer pour la suite du siècle.
Laurent Albaret

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