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19/11/2010

A Le Roux, les jeunes deviennent des « passeurs de mémoire ».

Le jeudi 11 novembre 2010 à Le Roux, les participants à l’hommage aux victimes des deux guerres sont nombreux. Parmi eux, les autorités communales, les porte-drapeaux des associations patriotiques ainsi que les directions et enseignants des écoles de l’entité qui côtoient les élèves et leurs parents. 

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Prenant la parole avant la messe, Christian Chabot, Président du Comité du Souvenir,  annonce que la Région Wallonne a accepté de subsidier les travaux de rénovation du monument aux morts du cimetière de Fosses et du monument à Georges Cotelle à Le Roux et cela dans le cadre d’une action exceptionnelle de conservation des monuments mémoriels proposée par la Région wallonne. Le Comité du Souvenir, en collaboration avec l’administration communale de Fosses-la-ville, avait introduit deux dossiers qui devaient être accompagnés d’un projet pédagogique à développer dans les écoles pour sensibiliser les élèves au devoir de mémoire. Pour présenter ce projet, Mr Chabot cède la parole à Fernand Galais, délégué aux écoles du Comité.

 

Le projet pédagogique consistait en une opération témoignage à laquelle les élèves des écoles de l’entité étaient conviés.

 

Mr Galais se réjouit de l’accueil réservé à cette opération dans les écoles où les jeunes journalistes ont recueilli les témoignages de leurs grands-parents et des témoins qui sont passés dans les classes, sur la façon dont ils avaient vécu la guerre 40.

 

Après avoir remercié les témoins Jean Romain, Robert Dewez, Germaine Foriez, Anny Batardy, Arthur Berger, Marius Grégoire, Adelin Goffart et Joseph Jacqmart, Mr Galais conclut : « Nous avons vite compris qu’ils étaient heureux de transmettre ces témoignages afin que nul n’oublie et que les jeunes deviennent, eux aussi, des passeurs de mémoire ».

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Il invite ensuite les élèves à raviver la flamme du souvenir en lisant quelques témoignages qu’ils ont recueillis :

Les élèves de l’école St Feuillen  évoquent les conditions difficiles de l’évacuation vers la France et de la peur d’être mitraillés par les avions allemands.

 

Les élèves de l’école communale de Le Roux  parlent des privations de liberté et de nourriture pendant l’occupation allemande.

 

Les élèves de l’Athénée et de l’école du Bosquet racontent la vie difficile des prisonniers et le courageux combat des résistants.

 

Enfin pour le Collège St André, Mr Baclain, professeur d’Histoire retrace les derniers combats de 44-45 et témoigne de l’émotion de la libération des prisonniers telle que l’a vécue Robert Dewez.

 

Mr Galais termine cette présentation en remerciant les jeunes, leurs parents et leurs enseignants ainsi que les directions d’école pour leur collaboration à cette opération.

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La messe concélébrée par Mr le Curé Lambiotte et le Mr le Doyen Favart était rehaussée par les chants de la chorale de la paroisse de Le Roux qui, à la fin de la messe, entonna une vibrante Brabançonne, clôturant en beauté cette célébration.

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Au cimetière, un hommage aux victimes fut rendu par Me Battardy, échevine. Ensuite, les élèves déposèrent une rose pendant l’appel aux morts prononcé par Mr Chabot. Les Conseillers Etienne Drèze et Chantal Borgniet déposèrent une gerbe aux monuments des deux guerres. La sonnerie Aux Champs et la Brabançonne ponctuèrent cet hommage.

 

Une dernière manifestation se déroula à l’école communale, devant la plaque commémorative des 150 ans de l’indépendance de la Belgique. Tous les participants y entonnèrent la Brabançonne dans un bel élan de patriotisme.

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Un vin d'honneur termina cette commémoration marquée par la participation encourageante des écoles de l'entité.

La presse régionale était présente, découvrez la page de « L’Avenir » en cliquant sur le lien suivant :

L'Avenir_11 nov.2010.pdf

 

14/11/2010

A la Belle-Motte, se souvenir de ceux de 14-18.

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Lors de la cérémonie commémorant l’Armistice de la « Grande Guerre » de 14 -18 au cimetière militaire de la Belle-Motte, un hommage particulier a été rendu au soldat Henri Bretin inhumé à la nécropole sous la tombe n° 1.110. Venus tout droit de Vendée pour la circonstance, Gilles Bretin et ses trois sœurs étaient présents pour la toute première fois sur la sépulture de leur grand-père.

  
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Ils étaient accueillis par le nouveau bourgmestre d’Aiseau-Presles, Monsieur Jean Fersini, et l’ensemble de son collège, par les associations patriotiques de la commune, par Daniel Tilmant représentant le comité du Souvenir et une belle participation de la population. Etait également fidèle au rendez-vous pour la circonstance, le jeune Maxime Soupart qui depuis 2006 a accepté de prendre en charge le parrainage de ce soldat. Chaque année au mois d’août, il vient fleurir sa tombe d’un bouton de rose.

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Le soldat Henri Bretin a été tué à l’ennemi le 24 août 1914 à Tournai à l’âge de 27 ans. Il fait partie d’un Escadron du 3ème Dragon qui avec deux bataillons du  84ème R.I.T. occupent Tournai le 23 août. Ses soldats Vendéens sont pour la plupart quadragénaires, dotés d’un armement ancien. Le 24 août, pendant plus de six heures, ils tiennent tête à trois divisions d’Infanterie allemande. Cinquante trois d’entre eux seront tués. La plupart reposent aujourd’hui à Tournai, sous le tertre sur lequel fut érigé, en 1924, un monument à leur héroïsme. Nous ne connaissons pas la raison pour laquelle six d’entre eux sont inhumés, en 1922, en la Nécropole de la Belle-Motte.

 

A plusieurs reprises, les familles de ces six soldats se sont rendues à Tournai pour se recueillir sur ce qu’elles croyaient être la tombe de leur parent. Ce n’est que depuis 2009, qu’elles connaissent l’endroit où ils sont réellement enterrés.

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Un dépôt de fleurs au pied de l’Ogive par des enfants clôtura ces instants émouvants et solennels de recueillement sous les notes de la sonnerie « Aux Morts ».

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01/11/2010

Opérations-Témoignage (02)

Journal du Souvenir n° 02

Novembre 2010

de l’école communale de Le Roux.  Titulaire : Me Corinne (5e et 6e)

Journalistes : Eva, Louis, Larissa, Florian, Thomas, Nathan, Alice et Océane.

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Comment as-tu vécu cette guerre, papy, mamy, … ?

A la guerre 14-18 on a connu les batailles de la Belle-Motte, du Lotria à Auvelais, à Arsimont et tout le long de la Sambre. C’était une guerre très meurtrière, avec plus de 4000 morts. En 1940-45, les Allemands étaient beaucoup plus forts que nous en nombre, en matériel militaire, en armes de combats, en chars,…..

Nous avons entendu des avions et nous avons vu des soldats allemands armés de fusils qui avançaient dans les villes et les villages, en jeep, en motos, en autos, en camions. La population a été prise de panique. Beaucoup sont partis vers la France, abandonnant ce qu’ils possédaient.

 

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Dès la déclaration de guerre, mon papa a été rappelé sous les drapeaux et ma maman est partie en évacuation pour rejoindre sa famille française dans le centre de la France. Je l’accompagnais avec ma petite sœur qui avait 6 semaines.

 

Dès le 14 mai, mes grands-parents ont évacué en France, vers Amiens. Ils sont partis en vélos et avec deux chariots. Le fermier avait préparé 100 kilos de beurre !

 

 

J’avais presque 15 ans quand l’armée allemande a envahi notre pays. Mes trois frères ont été rappelés pour la guerre et les jeunes étaient recrutés pour travailler en Allemagne. J’ai donc abandonné mes études pour aider mes parents à la ferme.

 

…pendant l’occupation allemande ?

 

Des troupes allemandes passaient la nuit dans les fermes. Chez nous, on était obligé d’accepter les officiers qui dormaient dans les lits et on devait leur fournir eau, savon, essuies pour le lendemain matin.

 

Dès que les civils entendaient la sirène qui annonçait les avions alliés venant bombarder les troupes allemandes, ils se réfugiaient dans les caves ou les abris.

 

Les Allemands réquisitionnaient le bétail pour la viande et les denrées alimentaires. Des bons par ménage étaient distribués dans les communes.

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Avec les timbres de ravitaillement, on avait droit à 1 kg de sucre par mois et de la farine mais de mauvaise qualité. Nous achetions du grain que nous allions faire moudre au moulin. Le mélange des deux farines donnait un pain plus ou moins correct. A la maison, nous avions des chèvres et donc du lait.

 

Mes parents possédaient une ferme ; on avait donc de quoi manger.

 

Mon papa courait derrière les camions pour ramener les pains que le camion perdait.

Ma maman faisait des galettes et les Allemands les prenaient au fur et à mesure qu’elles sortaient du four.

 

Quelle était l’attitude des Allemands ?

 

Les Allemands n’étaient pas méchants avec nous. Si on ne les provoquait pas, les soldats ne faisaient pas de mal aux civils.

 

Un Allemand avait pris ma petite sœur de 3 ans sur ses genoux pour la faire sauter et il pleurait car ça lui rappelait sa famille.

 

A certains endroits, ils ont commis des atrocités et ont même fusillé des familles entières. Ceux qu’on craignait le plus, c’était les SS et les Belges qui se sont engagés dans leurs troupes.

 

Après la libération, des résistants se sont vengés de ces « collaborateurs » parfois même en les tuant. Ils ont aussi puni les femmes qui avaient aimé des allemands en tondant complètement leurs cheveux.

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Ce sont les SS qui ont arrêté les Juifs pour les conduire en Allemagne à partir de 1942. Ils ont été déportés dans des longs trains de marchandises. Les hommes en bonne santé étaient dans des camps de travail. Les plus âgés, les femmes, les enfants étaient rassemblés dans les camps d’extermination. Six millions de Juifs y ont péri.

 

Camps de prisonniers LRx.jpgLes soldats prisonniers.

 

En mai 1940, les soldats prisonniers ont été conduits travailler en Allemagne dans les fermes, les usines, etc. Ils étaient protégés par les accords de Genève. Ils pouvaient écrire à leur famille.

 

 

 

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Germaine Foriez raconte que son mari a été fait prisonnier le 12 mai. Il aura d’abord pour mission de ramasser les premières victimes de la guerre qui jonchaient le sol. Il s’occupera ensuite du Secours d’hiver à Bouge et en 1943, sera déporté dans une usine allemande qui fabriquait des blocs.

 

 

 

 

 

Mon arrière-grand-père a été déporté 26 mois en Allemagne pour travailler dans les usines allemandes.

 

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Anny Batardy raconte que son papa a été prisonnier de guerre : il avait le numéro 9856. Pendant 2 ans et demi, il a creusé des tranchées à longueur de journée. Souffrant d’être éloigné de sa famille, il a tenté de s’évader en descendant du 4ème étage en utilisant le fil du paratonnerre. N’ayant pas réussi, il a été envoyé dans un commando disciplinaire.

 

 

 Les résistants

 

Nous en avons logés à la maison. Un jour, ils ont soigné des alliés blessés dans les bois de Mettet et ils ont dû partir en vitesse car les Allemands arrivaient.

 

Beaucoup de résistants ont fait du bon travail : ils ont fait sauter des lignes de chemin de fer, des ponts pour retarder les transports effectués par l’armée allemande.Résistance LRx.JPG

On les appelait l’armée blanche mais il y avait aussi l’armée noire : ceux-là en profitaient pour voler et piller.

 

A Sart-Saint-Laurent, il y a  un homme de 30 ans qui a tendu un câble entre deux arbres. Les Allemands en moto se sont renversés. Il a tiré sur eux mais quand ils sont repartis il a été tué à la mitrailleuse.

 

 La vie quotidienne continue avec beaucoup de difficultés …

 

La préoccupation principale était de trouver à manger car comme le disait Jean Romain, on a besoin de 2700 calories par jour et avec les tickets de rationnement, nous n’en avions que 1350 !

On gobait des œufs dans les poulaillers. On mettait des pommes de terre séchées (comme des chips) dans de l’eau bouillante pour les cuire.

 

Boutique LRx.jpgJ’ai mangé du hérisson et de jeunes merles que papa allait chercher dans les nids en grimpant aux arbres.

 

On recevait de l’administration communale des timbres de ravitaillement qui nous permettait d’acheter du pain, du sucre,…

 

Si l’on voulait plus de nourriture, il fallait l’acheter au marché noir, c’est-à-dire en payant beaucoup plus cher.


Dans son livre « Au nom de la mémoire », Michel Dargent, ancien directeur des écoles communales, montre un tableau des prix au marché noir en 1944 :

 

Un pain d’1kg coûtait 34,82F au lieu de 2,90F

Un kg de beurre 10,45F au lieu de 2,77F

Un kg de savon 147,29F au lieu de 8,01F

Une tonne de charbon 3.897F au lieu de 670F

 

Je me souviens de ma voisine qui avait 5 enfants. Le papa travaillait dans la mine …Elle allait en vélo dans les fermes à Gedinne (Ardennes) et rapportait du beurre, du lard, tout ce qu’elle pouvait. Il lui fallait 1 jour pour aller, une nuit dans une ferme et 1 jour pour le retour.

 

Il y avait très peu de voitures. Pour tout le village, seuls les Besombe avaient une auto. On se déplaçait en train ou en autobus mais ceux-ci étaient souvent bondés. On allait à l’école à Fosses en vélo.

 

Ma maman montait sur les trains en marche dans les côtes pour faire tomber le charbon et le ramasser ensuite pour se chauffer. Le conducteur du train faisait siffler son train en arrivant à la gare de Fosses afin de nous avertir de son arrivée.

 

Il y avait aussi le couvre-feu c’est-à-dire que l’on ne pouvait plus circuler dans les rues après 20 ou 22h et jusque 6h du matin. Seuls les docteurs, vétérinaires, infirmières accoucheuses avaient un « laissez-passer ».

 

On devait occulter les fenêtres avec du papier noir pour que les avions alliés ne nous bombardent pas.

 

A l’école pendant l’occupation …

 

Pour que nous soyons forts, le maître nous donnait des figues séchées et de l’huile de foie de morue (qui étaient fournis par le « Secours d’hiver » dont les activités consistaient aussi à distribuer de la soupe et du lait chaud dans les écoles- cf Michel Dargent)

 

J’ai repris le chemin de l’école en 1941 avec des vieux professeurs dévoués qui donnaient cours.

 

Les soldats enterrés à Fosses

 

A la fin de la guerre, lorsque les Américains sont venus nous libérer, on a enterré leurs soldats morts ainsi que les soldats allemands dans des cimetières provisoires.  Ils ont été ensuite transférés dans des cimetières américains ou allemands.

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Le cimetière militaire de Fosses se trouvait en face de la ferme du Chêne. Les tombes étaient bien alignées. J’allais chaque jour à la ferme chercher un litre de lait avec ma maman. Nous côtoyions des quantités de camions militaires qui apportaient des corps de soldats qui se trouvaient dans des sortes de linceuls.

 

 

Note : Les corps des soldats américains ont été transférés à Neuville-en-Condroz, et à Henri-Chapelle.

 

La libération

Chars américain LRx.JPGLe 5 septembre 1944, nous écoutions la radio dans le secret et nous avons entendu que les Américains arrivaient. C’était la libération !!!

Nous avons confectionné des drapeaux anglais et américains avec des draps teints et découpés. Nous les avons mis aux fenêtres et nous sommes sortis dans les rues pour acclamer les Américains et faire la fête.

La Bataille des ArdennesBataille des Ardennes LRx.jpg

Les Allemands sont arrivés par la route de Bastogne. Les voisins et mes parents sont vite allés chercher les drapeaux américains car les Allemands étaient déguisés en américains. C’est au dernier moment que nous avons vite changer pour les drapeaux allemands.

Quand les Allemands ont quitté notre village, ils laissaient des cadavres le long des routes avec des mines explosives sur leurs montres ou leurs bagues. Celles-ci explosaient lorsque les gens dépouillaient les cadavres de leurs bijoux. 

On ne dormait plus à la maison car il y avait des canons autour et les allemands dedans. Nous dormions avec tout le village à l’étable de la ferme, près des vaches pour avoir bien chaud.

On revenait parfois à la maison et un jour j’ai vu un V1 qui passait dans le ciel (1ère bombe volante dirigée sur l’Angleterre)

La guerre s’est terminée le 8 mai 1945.

 

01:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)