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18/01/2010

FALISOLLE : Les dernières baricades.

Falisolle compte 3.252 habitants en 1914. Les 21,22 et 23 août 1914, ce village est en quelque sorte placé à cheval sur l’extrême gauche du 10ème Corps d’armée français et à l’extrême droite du 3ème C.A.

 

Le vendredi 21 août 1914, les rares habitants restés chez eux entendent la bataille qui gronde dans la direction de Roselies-Aiseau ; ce secteur est confié à la 5ème Division du Général Verrier. Le soir même, quelques soldats du 74ème R.I. normand de Rouen affluent dans la localité. Ils se sont battus comme des héros, mais doivent plier devant le Xème Corps allemand. Durant la nuit, une contre-offensive provoque de fortes pertes et rend Aiseau aux Français, mais hélas, elle échoue sur Roselies.

 

Durant cette même journée du vendredi, les Bretons de la 19ème Division sont plus chanceux. Ils défendent le secteur de Tamines et peuvent contenir l’ennemi. Dès l’aube du samedi 22, la bataille reprend sur le Tienne d’Hamion. L’ardeur du 136ème R.I. de Saint-Lô est arrêtée par la vague envahissante des soldats hanovriens des 76ème et 77ème. Les Français ne sont pas appuyés par l’artillerie et un épais brouillard les oblige à reculer petit à petit. Ils se défendent avec énergie en remontant vers la place de Falisolle et n’abandonnent le terrain à l’ennemi que vers 14 heures. Les pertes de part et d’autre sont élevées.

img034.jpg

La maison de commerce Scohier-Marmignon fut incendiée par les Allemands en août 1914.

© FHCRS.

 

 

Faut-il y voir la cause des terribles représailles dont fut victime le village ?

 

Dès l’entrée des troupes du 77ème dans Falisolle, c’est le pillage systématique et complet des habitations et 31 maisons sont détruites par l’incendie. Quelques villageois sont emmenés sans aucune explication, sans aucune forme de procès, sous l’éternel prétexte dont on ne fournit aucune preuve, que des « civils avaient tiré ». 14 habitants y perdent la vie sous les balles et les baïonnettes allemandes.

 

Léon Demanet et Alfred Jonet sont tués à bout portant dans le village même. Treize autres, parmi lesquels le bourgmestre, sont conduits vers la place de Tamines pour y être fusillés. Quatre d’entre eux échappent à la mort en s’enfuyant : Louis Delvigne est tué sur le territoire de Le Roux, François Terwagne et Louis Steinier, à Ermeton-sur-Biert. 

 

Les auteurs de ces crimes n’ont pu être identifiés de façon précise mais il est à supposer qu’ils appartenaient aux mêmes unités que celles qui opéraient au même moment à Tamines.

 

L’abbé Joseph Sohier, curé de Falisolle de 1897 à 1932, a consigné dans un rapport succinct et clair, la trame de ces événements tragiques. Il nous raconte :

 

«Le 21 août, le premier jour de la bataille, la généralité des habitants de Falisolle, apeurée par le défilé des fuyards venant de Tamines, Auvelais et Arsimont, s'en vont également.  Une partie de la population se dirigea vers la France par Chimay. Quelques-uns uns obliquèrent dans la direction de Givet. Louis Delvigne, 23 ans, fut tué entre Le Roux et Sart-Eustache.  Deux autres, François Terwagne ; 53 ans, et son neveu Louis Steinier, 16 ans, trouvèrent la mort en fuyant dans les environs d'Ermeton-sur-Biert.

 

Le vendredi après-midi, l'infanterie française (7ème compagnie du 2ème bataillon du 70ème R.I.) qui était descendue sur la Sambre, menacée de flanc par une colonne allemande, est obligée de se retirer sur Falisolle. Les Allemands qui essaient de monter le Tienne d'Hamion y tombent sous les balles des fusils et des mitrailleuses.

 

Le samedi dès 2 heures du matin, l'engagement reprend. Les fantassins français, notamment le 1er bataillon du 13ème et le 2ème bataillon du 47ème, se précipitent en avant avec une ardeur fébrile.  Ils refoulent sans peine les postes avancés allemands, et, exaltés par leur succès, se hâtent davantage encore, mais viennent alors se buter contre des points d'appui plus solidement tenus; la précipitation de l'attaque et la brume du matin, n'ont pas permis à l'artillerie de prendre ses mesures pour intervenir efficacement. Dans le jardin des écoles libres, des batteries d'obusiers et des mitrailleuses tirent dans la direction Hamion. Dans le centre du village, la place est barricadée.  Il y a juste quatre rangs de mitrailleurs superposés. Les pertes des deux côtés sont assez importantes.  On estime les morts français à 225 appartenant aux 47ème, 70ème, 71ème, et 136ème d'infanterie.

 

Du côté allemand, les chiffres sont aussi très élevés, quoiqu'il soit difficile de préciser, car on croit généralement que les Allemands brûlèrent un grand nombre de leurs cadavres.  Toutefois est-il que la tombe du charbonnage renfermait 59 Falisolle Le Gay.jpgofficiers et soldats du 77ème hanovrien, celle d'Hamion en contenait une quarantaine des 76ème et 77ème. Quelques-uns reposaient au Gay. Après une admirable résistance, les derniers soldats quittent le village vers 14 heures.

Falisolle, le hameau du Gay.

  

Les premiers allemands qui arrivent de la commune, vers 16 heures, sont brancardiers. Ils sont conduits par un caporal et se montrent grossiers et sauvages, mais poltrons.

Cette avant-garde est bientôt suivie par le 77ème, dit régime Elisabeth. Ces soldats pillent préalablement cinq magasins et en brûlent ensuite trois autres. Il y eut en tous vingt-neuf maisons incendiées, toutes, sauf deux, situées aux confins de la commune; cinq à Hamion, huit sur la route d'Auvelais, neuf sur la route de Ligny à Denée, quatre au chemin d'Harzée, un au Gay et deux dans le centre. On pense que les deux dernières ont été incendiées par les Allemands pour brûler leurs cadavres.

 

Dès le samedi matin, Léon Demanet (42 ans), pharmacien, fut tué sur le seuil de sa maison.  Caché dans sa cave avec sa femme et ses enfants, il était remonté seul sur les sommations réitérées des soldats. De la cave, on entendit le coup de feu qui l'étendit mort. On croit généralement qu'il fut victime d'une dénonciation de la part d'un individu d'origine allemande, pour avoir donnés des soins à des blessés français.

 

Falisolle : la place et l’église.Falisolle la Place et l'église.jpg 

  

Le samedi après-midi, vers 16 heures, la bataille terminée, Alfred Jonet (40 ans) traverse la place de l'église pour porter secours à un soldat blessé, lorsque passe une auto allemande.  Un officier en descend et tue Jonet, presque à bout portant.

 

Vers la même heure, une escouade de soldats du 77ème vient prendre le bourgmestre, M. Ernest Evrard, et neuf de ses voisins pour les conduire sur la place de Tamines; trois autres habitants de Falisolle, rencontrés en cours de route, leur sont adjoints. Voici leurs noms: le bourgmestre précité, Oscar Dessy, père, Emile Bruyère, Jules Foulon, Antoine Cavalier, Jules Liblan, Edmond Bierlaire, Edouard Bonet, Alidor Evrard, Joseph Legrain, Aimé Liblan, Joseph Gérard et Oscar Dessy, fils. A l'exception des quatre derniers qui en sortirent indemnes, tous les autres furent tués dans la fusillade.

 

On se perd en conjectures sur le mobile qui a déterminé ces arrestations. On suppose que l'ennemi a voulu atteindre le bourgmestre, coupable à leurs yeux d'avoir obligé un sujet d'origine allemande à se présenter chaque jour à la gendarmerie de Tamines.

 

Dès le samedi soir, de nombreux blessés sont apportés à Falisolle et soignés à l'ambulance établie aux écoles libres, que desservait le docteur Dangoisse de Tamines. Le dimanche matin, on vient m'annoncer que des soldats français gisent sans secours près de la chapelle Sainte-Anne.

 

Je m'y rends aussitôt et, en effet, autour de cette chapelle, c'est un spectacle lamentable. Parmi les cadavres, je trouve celui de l'abbé Degouay, du diocèse de Bayeux. Un peu plus loin, dans un champ d'avoine, se sont réunis un certain nombre de blessés; d'autres ont déjà été recueillis dans les maisons voisines. Dans l'une d'elle je rencontre l'abbé Lerouzic, du diocèse de Vannes. Ce fut dès lors une grande difficulté, non seulement pour le transport des blessés, mais aussi pour leur ravitaillement.

 

Pendant trois semaines environ, 144 blessés français séjournèrent à l'ambulance de Falisolle; vingt-deux y moururent et furent enterrés dans le jardin de la maison vicariale.»

 

Falisolle Rue Saint-Lô.JPG

Une des artères de Falisolle porte le nom de la ville normande de Saint-Lô en reconnaissance de son régiment, le 136ème R.I. qui résista vaillamment.

 

Sources bibliographiques :

1.   Document pour servir à l’Histoire « L’Invasion Allemande » dans les provinces de Namur et de Luxembourg. Par le Chanoine J. Schmitz et Dom N. Nieuwland. Troisième partie. Libraire Nationale d’Art et d’Histoire. Bruxelles et Paris. 1920.

2.   Page 146-147 du « Rapports et Documents d’Enquêtes » – Premier Volume Tome I de la Commission d’enquête sur les violations des règles du droit des gens, des lois et des coutumes de la guerre. 1923.

3.  Le Fonds d'Histoire et de Culture Régionnales de Sambreville (Nathalie Arnould). 

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