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22/11/2009

Le Poilu n'était pas enterré là où il est tombé.

Depuis des années, Fernand Richard se rendait à Tournai pour y honorer la mémoire de son grand-père,mort au combat en 1914. L'aïeul était enterré 200 km plus loin...

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« Mon grand-père repose à Aiseau-Le Roux. Je le laisserai avec ses copains de combat », explique Fernand Richard (au centre), entouré d'Armand Guédon et Jean-Yves Renaudineau, respectivement secrétaire adjoint et président du GRM.
 
« Cette plaque, j'avais 15 ans lorsque mon père me l'a donnée. » Fernand Richard ne s'est jamais séparé de la plaque du matricule 1789, celui de son grand-père, né au Château-d'Olonne et mort au champ d'honneur lors de la Première Guerre mondiale. Elle l'a accompagné pendant la guerre d'Algérie mais aussi ce jour de 1999 où, se rendant aux archives départementales, il découvre le nom de son grand-père, Victor Richard, dans un registre. « Dans la famille, on ne savait rien. Pour ma grand-mère, c'était un sujet tabou. »

Après de longues années de recherches, sa patience et sa ténacité semblent enfin récompensées. « On m'a remis sa feuille militaire. J'ai appris qu'il était mort à Tournai et qu'il y était enterré. »

Le 24 août 1914, moins d'un mois après le début des hostilités, 53 soldats vendéens tombent sous les balles allemandes dans cette commune belge. L'un des premiers combats du 83e régiment territorial d'infanterie de La Roche et du 84e de Fontenay oppose 1 600 hommes à l'armée allemande en surnombre.

Une stèle « Le monument des géants » est érigée en mémoire de la résistance héroïque de ces 53 Vendéens. « Le nom de mon grand-père était apposé sur le mur de l'église et sur le monument aux morts. Je le croyais inhumé sous le tertre des Vendéens. Je suis allé plusieurs fois y déposer des fleurs. »

« Tous les jours le 11 Novembre »

Sdt Richard 002.JPGDix ans après cette révélation, c'est le choc pour Fernand Richard. Le groupe départemental de recherches sépulcrales et de mémoire historique combattante de la Vendée (GRM) le contacte. « Victor Richard a été inhumé à Warchain, puis transféré le 14 décembre 1922 au cimetière militaire de la Belle-Motte à Aiseau-Le Roux, à 200 km de Tournai », précise Jean-Yves Renaudineau, président de l'association.

Lors d'un travail de recherches au Château-d'Olonne, « nous avons croisé le dossier de Victor Richard, soldat au 83e régiment territorial d'infanterie. » En réussissant à lever le verrou du secret militaire, « nous avons pu faire des recoupements. » C'est que les archives ne sont ouvertes qu'au bout de 120 ans. « Notre groupe a accès aux fichiers sans restriction de consultation. »

Le GRM passe ainsi le plus clair de son temps à exhumer des Vendéens de l'oubli. « Depuis 1999, nous avons traité 6 000 dossiers. Pour nous, c'est l'Everest à grimper. À Tournai, nous avons découvert cinq cas identiques à celui de Victor Richard. »

Pour l'association, « le 8 Mai et le 11 Novembre, c'est tous les jours. Il s'agit de rendre hommage à ces soldats, morts pour notre liberté. Le devoir de mémoire, on le défend bec et ongles. » Fernand Richard, quant à lui, a pris sa décision : « Mon grand-père repose à Aiseau-Le Roux. Je le laisserai avec ses copains de combat. »

Laurence MONARD.
Ouest-France.
Vendredi 20 novembre 2009.
Sdt Richard 005.JPG

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